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Votre argent ne vous appartient pas ! Voici comment le reprendre

L’argent que vous croyez posséder à la banque est, juridiquement, une dette de votre banque envers vous. Monnaie, banques, euro numérique, Bitcoin, finance décentralisée : ce qui se joue, pourquoi c’est une question de liberté, et comment reprendre la main pas à pas, risques compris.

vendredi 18 septembre 2026
Votre argent ne vous appartient pas ! Voici comment le reprendre

Posez-vous une question simple. L’argent qui figure sur votre compte en banque, à qui appartient-il ?

À vous, évidemment. C’est ce que tout le monde répond. Et ce n’est pas tout à fait exact. Juridiquement, quand vous déposez de l’argent à la banque, vous le lui prêtez. Ce que vous voyez sur votre application n’est pas votre argent : c’est une dette de votre banque envers vous, la promesse de vous rendre la somme quand vous la demanderez. Tant que tout va bien, la différence ne se voit pas. Le jour où quelque chose se grippe, elle devient la seule chose qui compte.

En juin 2023, sur Quartier Libre, nous avions consacré une émission entière à ce sujet avec Wojnicz, Victor Lardé et Cédric Charles, puis une seconde pour répondre à vos questions. La souveraineté monétaire, disions-nous, tient en trois questions : qui crée la monnaie, qui la détient, qui la contrôle. Trois ans plus tard, les réponses n’ont pas bougé. Les outils pour en sortir, eux, ont beaucoup changé. C’est ce que je veux vous expliquer ici, simplement, pour ceux qui partent de zéro.

Ce qu’on ne vous a jamais appris sur l’argent

La plupart des gens pensent que les banques prêtent l’argent de leurs épargnants. L’image est fausse. En 2014, la Banque d’Angleterre l’a écrit noir sur blanc dans une publication officielle : la plus grande partie de la monnaie en circulation est créée par les banques commerciales au moment où elles accordent un crédit. Quand votre banque vous prête 200 000 euros pour une maison, elle ne les prend dans aucun coffre. Elle les crée, d’un jeu d’écriture, et vous paierez des intérêts sur de l’argent qui n’existait pas la veille.

Ce pouvoir de créer la monnaie, c’est le moteur du système. Il est entre les mains de quelques établissements, sous la tutelle des banques centrales. Vous n’avez rien à dire sur la manière dont il s’exerce. Vous en subissez seulement les effets : l’inflation, qui grignote votre épargne, et les crises, qu’on vous fait payer.

Car il y a des crises. En mars 2013, à Chypre, les banques ont fermé leurs portes pendant près de deux semaines, puis les autorités ont ponctionné les dépôts au-delà de 100 000 euros pour renflouer le système : à la Bank of Cyprus, près de la moitié des sommes concernées a été convertie de force en actions. Du jour au lendemain, des épargnants ont découvert ce que valait leur « argent en banque ». En France, vos dépôts sont garantis jusqu’à 100 000 euros par banque et par personne. Sur le papier.

Cette garantie est assurée par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution, le FGDR. J’ai réalisé son site internet il y a une quinzaine d’années. À cette occasion, j’ai rencontré son responsable à Paris, et nous avons longuement discuté. Il m’a confié que le fonds ne disposait que de 2 milliards d’euros, qu’il était prévu de le porter à 4 milliards, et que ce n’était pas simple.

Depuis, le fonds a grossi. Fin 2024, il disposait d’environ 7,7 milliards d’euros. En face, près de 1 500 milliards d’euros de dépôts couverts par sa garantie. Faites le calcul : 0,5 %. Pour 100 euros garantis, le fonds a 50 centimes en caisse. Et l’ensemble du patrimoine financier des Français atteignait 6 590 milliards d’euros fin 2025, selon la Banque de France.

Ce fonds est taillé pour la faillite d’une toute petite banque, pas pour l’effondrement du système. Si le système bancaire s’écroulait comme à Chypre, il ne pourrait rembourser qu’une poussière de ce qui est promis. Le reste dépendrait de l’État, c’est-à-dire de vos impôts, ou de la planche à billets. La garantie protège quand une petite banque tombe. Pas quand le système tombe.

Quand la banque dit non

La crise n’est pas le seul risque. Il y a aussi le jour où l’on décide que vous ne méritez plus d’avoir accès à votre propre argent.

En février 2022, au Canada, le gouvernement a invoqué sa loi sur les mesures d’urgence contre le convoi des camionneurs qui protestaient contre les obligations vaccinales. Les banques ont gelé près de 280 comptes, pour environ 7,8 millions de dollars canadiens, sans décision de justice. Des manifestants, mais aussi des gens qui avaient simplement fait un don. En 2023, au Royaume-Uni, la banque privée Coutts a fermé le compte de l’homme politique Nigel Farage, en invoquant dans ses documents internes des opinions jugées incompatibles avec ses valeurs. L’affaire a coûté son poste à la patronne du groupe bancaire.

Voilà ce que veut dire « l’argent n’appartient plus à celui qui le dépose ». Tant que vous êtes dans les clous, tout va bien. Le jour où vous n’y êtes plus, ou le jour où les clous bougent, votre compte devient un moyen de pression.

Et la suite se prépare. La Banque centrale européenne travaille à un euro numérique, qu’elle envisageait, fin 2025, de pouvoir émettre à l’horizon 2029. Elle assure qu’il ne sera pas programmable et qu’il protégera la vie privée. Elle a évoqué un plafond de détention de l’ordre de 3 000 euros par personne. Beaucoup craignent une monnaie reliée à l’identité numérique, traçable et bloquable en un clic, comme nous le disions dès 2023. Je ne prétends pas savoir ce qu’elle deviendra. Je constate simplement qu’une monnaie émise directement par une banque centrale lui donnerait une vue sur chaque paiement, et que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

Bitcoin, ou la monnaie sans banquier

C’est précisément de ce constat qu’est né Bitcoin. En octobre 2008, au plus fort de la crise financière, un inconnu signant Satoshi Nakamoto publie un texte de neuf pages décrivant « un système de monnaie électronique de pair à pair ». Le 3 janvier 2009, il lance le réseau. Dans le tout premier bloc, il glisse le titre du Times du jour : les banques britanniques au bord d’un second renflouement. Le message est limpide : une monnaie qui ne dépend d’aucune banque.

Bitcoin repose sur une blockchain, ce grand registre partagé que je vous ai présenté à propos de la Cité du Vivant : un cahier de comptes que tout le monde possède en même temps et que personne ne peut réécrire. Personne ne le dirige. Son nombre d’unités est fixé une fois pour toutes dans le code : il n’y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins. Aucune banque centrale ne peut en imprimer davantage pour éponger ses dettes. Pour l’attaquer, il faudrait contrôler plus de la moitié de la puissance de calcul du réseau au même moment, ce que sa taille met hors de portée.

Depuis, des milliers d’autres cryptomonnaies sont apparues. Toutes ne se valent pas, loin de là, et beaucoup ne sont que des produits de spéculation. Mais l’idée de départ n’a rien perdu de sa force : pour la première fois, on peut détenir et échanger de la valeur sans demander la permission à personne.

Pas vos clés, pas vos cryptos

Cette dernière question, beaucoup l’ont apprise à leurs dépens. En novembre 2022, FTX, l’une des plus grandes plateformes d’échange de cryptomonnaies au monde, s’effondre en quelques jours. Il manque environ 8 milliards de dollars appartenant à ses clients. Son fondateur, Sam Bankman-Fried, a depuis été condamné à vingt-cinq ans de prison. Ceux qui avaient laissé leurs cryptos sur la plateforme ne les détenaient plus : ils détenaient une promesse, exactement comme à la banque. Ils ont attendu des années pour être remboursés, et au cours de 2022, bien loin de ce que leurs cryptos valaient entre-temps.

C’est la règle d’or que répètent tous ceux qui s’y connaissent : pas vos clés, pas vos cryptos. Une cryptomonnaie laissée sur une plateforme centralisée recrée exactement le problème qu’elle devait résoudre. La souveraineté commence quand vous gardez vous-même vos clés.

La DeFi, la banque sans banquier

Bitcoin a montré qu’on pouvait se passer de banque pour détenir et transférer de la valeur. La finance décentralisée, qu’on appelle DeFi, va plus loin : elle reconstruit les autres services d’une banque, sans banquier.

Prêter, emprunter, échanger une monnaie contre une autre, faire fructifier une épargne : tout cela peut se faire directement entre particuliers, grâce à des contrats intelligents, ces petits programmes qui s’exécutent tout seuls sur la blockchain. Personne ne valide votre dossier. Personne ne peut geler votre compte parce que votre tête ne lui revient pas. Les règles sont publiques, et les mêmes pour tout le monde.

D’où viennent les gains ? Il faut le comprendre, parce que c’est là que se nichent la plupart des arnaques. Dans une réserve d’échange, vous mettez vos fonds à disposition pour que d’autres puissent échanger une monnaie contre une autre, et vous touchez une part des frais qu’ils paient. Quand vous prêtez, vous touchez les intérêts versés par l’emprunteur. Quand vous participez à la sécurisation d’un réseau, vous recevez une récompense. Un rendement a toujours une source. S’il ne correspond à aucune activité réelle, c’est un piège.

Le vrai problème : personne n’y comprend rien

Je suis dans la crypto depuis 2018. Dès le début, j’ai essayé de convaincre les gens autour de moi qu’il fallait y aller. La réponse était presque toujours la même, à 99,9 % : « Oui, mais j’y comprends rien. » Et ils avaient raison. Créer un portefeuille, noter sa phrase de récupération, choisir le bon réseau, payer des frais de transaction qui changent d’une minute à l’autre, ne jamais se tromper d’adresse sous peine de tout perdre : c’est un parcours du combattant. Une seule erreur, et elle est irréversible.

Tant que la liberté financière demandera d’être ingénieur, elle restera le privilège de quelques-uns. Les autres continueront d’utiliser leur banque, faute de mieux. La bataille, aujourd’hui, n’est plus technique. Elle se joue sur la simplicité.

Simplifier sans trahir

C’est exactement ce que cherche à faire l’application de finance décentralisée de la DAO Universalis, l’organisation qui gouverne la Cité du Vivant. Je vous la présente comme un exemple de ce vers quoi il faut aller. Ce n’est pas un conseil de placement.

Le principe : vous déposez des euros ou des stablecoins, et l’application s’occupe du reste. Elle constitue un portefeuille de cryptomonnaies, le place dans des réserves d’échange et des programmes de rendement, et vous montre en temps réel ce qui se passe. Pour retirer, un bouton. Votre compte prend la forme d’un certificat numérique qui vous appartient et qui donne accès à vos fonds. Ce certificat se transmet, d’ailleurs : pour ouvrir un compte à vos enfants, il suffit de le leur transférer. Le tout repose sur la blockchain Minima, si légère qu’un simple téléphone suffit à en faire partie. Au fond, l’application n’est qu’une interface : chacun y devient sa propre banque. Sa sortie officielle sera annoncée fin septembre, j’y reviens plus bas.

Le modèle économique mérite qu’on s’y arrête. L’utiliser ne coûte rien : pas d’abonnement, et les frais de retrait sont pris en charge par l’application. Elle se rémunère uniquement par une commission prélevée sur les gains, jamais sur le capital, au moment où vous les retirez. Et 70 % de cette commission partent dans la trésorerie commune de la DAO, pour financer des projets éthiques choisis collectivement, comme la Cité du Vivant. Plutôt que d’enrichir des actionnaires, la plus grande part de ce que l’application gagne va au terrain : vos gains financent un forage au Bénin.

Les risques, en face

La liberté a un prix : la responsabilité. Voici ce qui peut mal tourner.

  • Le piratage. En février 2025, la plateforme Bybit s’est fait dérober l’équivalent d’environ 1,5 milliard de dollars, le plus gros vol de l’histoire des cryptomonnaies. Les contrats intelligents peuvent aussi contenir des failles, que des pirates exploitent.
  • La perte des clés. On estime qu’environ un bitcoin sur cinq est perdu à jamais, faute de clé ou de phrase de récupération. Personne ne pourra vous les rendre.
  • La volatilité. Entre novembre 2021 et novembre 2022, le bitcoin a perdu plus des trois quarts de sa valeur. Les rendements de la DeFi varient eux aussi, et ne sont jamais garantis.
  • Les arnaques. Promesses de gains mirobolants, faux conseillers, faux sites : tout ce qui vous presse de décider vite est suspect.
  • La loi. En France, les gains en cryptomonnaies sont imposés à 30 % au moment où vous les reconvertissez en euros, et les comptes ouverts sur des plateformes étrangères doivent être déclarés. Depuis fin 2024, le règlement européen MiCA encadre les prestataires. Se libérer des banques ne dispense pas de déclarer.

Victor Lardé le répétait dans chacune de nos émissions, et je le répète après lui : rien de tout cela n’est un conseil en investissement. Faites vos propres recherches, commencez petit, et ne placez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.

Se protéger, pas spéculer

J’ai eu mes ratés. J’ai gagné de l’argent avec la crypto, puis j’ai tout perdu. J’en ai tiré une leçon simple : spéculer est un métier, et ce n’est pas le mien.

Aujourd’hui, je ne la vois plus comme un investissement, mais comme une protection. Sortir une partie de son argent du système bancaire, la mettre en sécurité, détenir sa propre banque. Je préfère parler de diversification : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, surtout quand ce panier peut être fermé, gelé ou ponctionné par quelqu’un d’autre.

Et je me méfie du mot « investir ». Investir, dans ce monde-là, c’est gagner sur le dos de ceux qui perdent. Ça ne correspond pas à mes valeurs. Je préfère œuvrer pour que tout le monde gagne.

Débancariser, pas à pas

Débancariser, ce n’est pas investir. C’est reprendre la main sur son argent, et ne plus dépendre d’un seul acteur qui peut vous le bloquer. Se passer entièrement des banques du jour au lendemain n’est ni réaliste ni souhaitable pour la plupart d’entre nous. Mais on peut avancer par étapes.

  1. Ne plus mettre tous ses œufs dans le même panier. Plusieurs établissements plutôt qu’un seul, un peu d’argent liquide chez soi, et une part de ce que vous possédez hors du système bancaire.
  2. Se faire accompagner. Ça ne se fait pas seul dans son coin, et surtout pas n’importe comment. Des gens accompagnent depuis des années ceux qui veulent reprendre la maîtrise de leur argent. Wojnicz, que vous avez vu dans nos émissions sur la souveraineté monétaire, en a fait l’un de ses terrains : « sortir des banques et devenir souverain sur sa gestion financière ». Des collectifs comme le Collectif Sortie de Banque proposent aussi des outils légaux.
  3. Découvrir les monnaies de temps et les monnaies libres. Les SEL et le JEU comptent en temps plutôt qu’en euros, comme Wojnicz l’expliquait à l’antenne. La Ğ1, dite « june », lancée en 2017, est une monnaie libre où chaque membre crée chaque jour sa part de monnaie, sous la forme d’un dividende universel.
  4. Détenir sa propre banque, en commençant petit. Un portefeuille personnel, vos clés, votre phrase de récupération bien rangée, et vos premières erreurs faites avec de l’argent dont la perte ne changera rien à votre vie.
  5. Rejoindre des communautés. L’argent est un lien social avant d’être un chiffre. Les DAO, les collectifs, les projets comme la Cité du Vivant montrent qu’on peut décider ensemble de ce qu’on finance.

L’annuaire KiFaitKoi recense d’autres initiatives du domaine financier.

Où apprendre

Tout cela se pratique, et s’apprend. À Emancip’Actions, du 24 au 27 septembre à Bourges, un thème entier est consacré à la souveraineté monétaire et financière : sortir progressivement du système bancaire classique, monnaies locales, banques éthiques, métaux précieux, économie réelle. Au programme notamment : blockchain, crypto et DeFi comme technologies de liberté, les monnaies libres comme la Ğ1, et la vie sans banque au quotidien. Cédric Charles y présentera la Cité du Vivant et la finance décentralisée, et c’est là que sera annoncée la sortie officielle de l’application.

Les places sur place sont parties, mais le billet virtuel à 30 euros donne accès aux vidéos de tous les ateliers, intégralement filmés. Prenez votre billet. J’y serai.

👉 Emancip’Actions : emancipactions.fr
Prendre son billet : emancipactions.fr/reservation

Si vous voulez remonter le fil, nos émissions sont toujours en ligne : La Souveraineté Monétaire et ses questions-réponses, de juin 2023, et dès 2021, Un Notre Monde : nouveau système monétaire pour de nouvelles institutions ? Nous y reviendrons bientôt à l’antenne avec Cédric Charles.

Qui crée la monnaie, qui la détient, qui la contrôle. Pendant des siècles, la réponse aux trois questions a été la même : pas vous. Pour la première fois, elle peut changer. Les outils existent, ils deviennent simples, et ils sont à portée de main. Reprendre la main sur son argent, c’est reprendre la main sur une bonne partie de sa vie. Commencez petit. Mais commencez.

Belle journée à tous

Johann

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