Souveraineté Souveraineté & autonomie

Émancip’Actions : quarante ateliers pour reprendre la main

Du 24 au 27 septembre, près de Bourges, 150 personnes apprennent à moins dépendre du système : se nourrir, se loger, se soigner, gérer son argent, protéger ses données. Les places sont parties, mais les ateliers seront filmés, et le billet virtuel coûte 30 euros.

vendredi 18 septembre 2026
Émancip’Actions : quarante ateliers pour reprendre la main

En quelques jours, j’ai publié quatre articles sur Quartier Libre. Le premier parlait d’un domaine en construction au Bénin, le deuxième d’intelligence artificielle, le troisième de l’éducation de nos enfants, le quatrième d’argent. Des sujets sans grand rapport, en apparence. Ils se terminent pourtant tous au même endroit : un week-end de septembre, dans le Cher.

Ce week-end s’appelle Émancip’Actions. Du jeudi 24 au dimanche 27 septembre, près de Bourges, 150 personnes vont passer quatre jours à apprendre à moins dépendre du système. Se nourrir, se loger, se soigner, gérer leur argent, protéger leurs données, élever leurs enfants, s’organiser à plusieurs sans s’entre-déchirer. Une quarantaine d’ateliers et de conférences, animés par des gens qui ont essayé avant de venir en parler. Tout le monde est bénévole, des organisateurs au cuisinier.

Les 150 places sont parties. Il reste une porte, et c’est pour elle que j’écris : le billet virtuel à 30 euros, qui donne accès aux vidéos des ateliers. Je vous explique ce qu’on y apprendra, pourquoi ça va être du lourd, et pourquoi j’y serai.

Arrêter d’alimenter ce qui nous entrave

Le mot « émancipation » a beaucoup servi, comme « souveraineté ». À force, il ne veut plus dire grand-chose. Céline, qui porte la parole de l’événement, le redéfinit en trois temps, et sa définition a le mérite de partir du concret.

D’abord, ne plus dépendre du système. Tant qu’on dépend de lui pour se nourrir, se soigner ou toucher son salaire, on ne peut pas lui dire non sans le payer cher. Ceux qui ont perdu leur revenu du jour au lendemain ces dernières années pour avoir refusé une mesure le savent. Ensuite, ne plus le subir : quand on n’a plus besoin de lui, on peut refuser ce qu’on nous impose au nom de la loi, dès que ce n’est plus légitime. Enfin, ne plus l’alimenter, par notre consommation, notre argent, et même notre colère. Chaque indignation consomme l’énergie qui aurait servi à construire autre chose.

Personne ne propose de partir vivre à l’écart en laissant tomber ceux qui restent dedans. L’idée est de réduire sa dépendance, pas à pas, jusqu’à pouvoir dire non. Le manifeste de l’événement le résume en une phrase : « S’émanciper, c’est cesser d’alimenter ce qui nous entrave pour cultiver ce qui nous libère. »

L’idée ne fait pas l’unanimité, et c’est tant mieux. Le 22 juillet, lors de la soirée de présentation diffusée par douze médias indépendants, Alexandre Penasse, du journal belge Kairos, doutait que le travail sur soi suffise. Michel, du collectif BAM, rappelait qu’on ne sera jamais totalement autonome tant que d’autres tiennent l’armée, la police et les leviers du pouvoir. L’objection est sérieuse. Mais elle ne dispense de rien : on ne refuse durablement que ce dont on ne dépend plus.

Huit thèmes, une quarantaine d’ateliers

Le programme tient en huit thèmes. Les deux premiers couvrent les besoins de base, l’alimentation et l’eau, puis l’habitat. Viennent ensuite le numérique, la santé, l’argent, la vie en groupe et l’éducation. Le dernier, la posture individuelle, est celui que les organisateurs jugent le plus important, parce qu’il conditionne tous les autres. Sans travail sur soi, disent-ils, le reste ne tient pas.

Chaque atelier dure une heure et demie. On n’en ressort pas autonome, et personne ne le promet. On en ressort avec une méthode et de quoi creuser seul ensuite. Des documents sont prévus pour que personne ne passe son temps à prendre des notes. Il n’y a pas de tête d’affiche. Les intervenants restent les quatre jours, et on peut aller leur poser la question qui vient après coup, au repas ou dans l’herbe.

Là où mènent nos derniers articles

J’ai relu ce programme après avoir écrit mes quatre derniers articles. Chacun y trouve son prolongement pratique.

L’IA. Dans La fronde de David, je racontais comment l’intelligence artificielle remet entre les mains des petits des moyens réservés hier aux grands. Céline le dit à sa façon : la technologie n’appartient pas aux puissants, à condition de s’en servir en conscience. Le thème numérique d’Émancip’Actions en fait de la pratique, avec les alternatives libres aux géants du numérique et un usage raisonné de l’IA. Ceux qui le souhaitent viennent avec leur ordinateur et repartent avec un système libre installé.

L’éducation. Dans Il faut un village pour élever un enfant, je me demandais ce qui a remplacé le village autour des parents. Un thème entier d’Émancip’Actions porte sur l’éducation et l’enfance. Un autre, sur la vie en groupe, répond à la question que je laissais en suspens : comment un village tient debout sans exploser au premier conflit. Dans le milieu associatif, on appelle PFH ce qui fait capoter la plupart des collectifs. Les deux dernières lettres veulent dire « facteur humain », je vous laisse deviner la première. Céline, elle, dit « précieux facteur humain ». Tout l’état d’esprit est là.

L’argent. Dans Votre argent ne vous appartient pas, j’expliquais pourquoi l’argent déposé à la banque n’est plus tout à fait le vôtre, et comment en reprendre le contrôle sans spéculer. Le thème monétaire reprend tout le chemin : la blockchain et la finance décentralisée, les monnaies libres comme la Ğ1, et la débancarisation, c’est-à-dire vivre sans banque au quotidien. Céline a une formule pour le problème de fond : on perd sa vie à la gagner.

La Cité du Vivant. Dans mon article sur la Cité du Vivant, je présentais ce domaine de 50 hectares au Bénin, soutenu par la DAO Universalis, une organisation dont les règles sont inscrites dans un programme que personne ne peut contourner. À Émancip’Actions, la DAO Universalis servira d’exemple pour expliquer comment ces outils permettent de s’organiser à plusieurs, en toute transparence. Et Cédric Charles y présentera la Cité du Vivant et la finance décentralisée. C’est là que sera annoncée la sortie officielle de l’application.

Céline, et les bénévoles derrière elle

Céline préside l’association Les Enfants-Phare, qui publie Le Pharandol, un journal consacré aux initiatives citoyennes, gratuit en version numérique. Sur la page de l’équipe, elle se présente comme la « Phare-à-on », facilitatrice du « nous collectif ». Le jeu de mots résume son rôle.

Depuis 2022, l’association organise deux fois par an des « rencontres synergiques ». Des collectifs et des associations qui agissent déjà, chacun de leur côté, s’y retrouvent pour un week-end et se transmettent ce qu’ils savent faire. L’idée de départ de Céline tenait à un constat : les rencontres entre collectifs tournaient court quand l’un d’eux les organisait et finissait par tirer la couverture à lui. Il fallait une équipe neutre, au service de tous. Huit rencontres plus tard, un autre constat s’est imposé : ce que les participants apprennent entre eux est trop utile pour rester entre eux. Émancip’Actions est née de là.

Céline répète qu’elle n’est que la porte-parole. Quarante à cinquante bénévoles préparent l’événement, à peu près un pour trois participants, et les intervenants viennent eux aussi bénévolement. Le prix des billets couvre les frais, rien de plus : la location du lieu et les repas, servis à prix coûtant. Ce qui resterait des billets virtuels ira aux prochaines éditions.

Ce que j’aime chez elle, c’est qu’elle fait ce qu’elle raconte. Elle dit avoir mis en place elle-même presque tout ce qui sera présenté dans les ateliers, et s’être fait aider quand elle ne savait pas faire. Elle est allée voir son maire, seule, pour lui parler des maraîchers du coin qui ne s’en sortent plus. Elle y est allée pour proposer son aide. Le maire avait déjà des idées : une petite épicerie de producteurs, des produits locaux à la cantine. C’est l’esprit de l’atelier sur la résilience alimentaire qu’elle coanime, avec les outils de SOS Maires : des outils légaux, des exemples de communes qui l’ont fait, et la bonne façon de frapper à la porte de la mairie.

Son parcours et ses interventions sont réunis sur sa fiche.

Le site, c’est moi qui l’ai fait

Une parenthèse, puisque je suis partie prenante. Le site emancipactions.fr, c’est moi qui l’ai construit, bénévolement, avec JF Agency. J’en parlais dans La fronde de David : en agence, un site de ce niveau se facture au bas mot 15 000 à 20 000 euros. Je l’ai monté seul, avec l’IA.

Il fait tourner toute la logistique. La réservation en six étapes, avec des places qui se décomptent en temps réel. L’hébergement et les repas. Le paiement en une ou trois fois par HelloAsso. Un espace personnel où chaque inscrit consulte le programme détaillé et se positionne sur les ateliers qui l’intéressent. À l’inscription, chacun peut aussi indiquer les questions qu’il veut voir traitées pendant le week-end. Le covoiturage avec Lib’Auto, une solution libre, sans commission ni revente de données, qui passe par Telegram. C’est aussi sur ce site que seront diffusées les vidéos des ateliers.

J’ai aussi fait kifaitkoi.org, l’annuaire de plus de soixante-dix initiatives pour l’autonomie et la résilience que Céline et son équipe font vivre.

Le 22 juillet, Céline a décrit celui d’Émancip’Actions comme « un site merveilleux qui est extrêmement bien fait ». Je ne vais pas la contredire. Et si votre association ou votre collectif a besoin d’un outil de ce genre, c’est mon métier : jfagency.fr.

Ce que donne le billet virtuel, et ce qu’il ne donne pas

Le billet virtuel coûte 30 euros, soit 10 euros par journée de formation. Il donne accès aux vidéos des ateliers et des conférences, filmés sur place avec l’aide des médias indépendants partenaires. La quasi-totalité sera enregistrée, à l’exception possible de quelques sujets sensibles.

Deux précisions, pour éviter les déceptions. Ce n’est pas un direct : les vidéos seront mises en ligne dans la semaine qui suit, le temps de tout monter. Inutile de bloquer votre week-end. Et l’accès dure : la plateforme n’a pas vocation à fermer, vous aurez le temps de tout regarder, un atelier après l’autre.

Une quarantaine d’ateliers d’une heure et demie, cela représente, selon Céline, une cinquantaine d’heures de vidéo. Les participants sur place y auront accès eux aussi : avec quatre ateliers en parallèle à chaque créneau, personne ne pourra tout suivre.

Ce que le billet virtuel ne donne pas, Céline le dit elle-même : la convivialité et les liens qui se tissent entre deux ateliers. Ça ne s’enregistre pas. Mais quand les places sont parties, c’est la seule façon d’avoir le contenu, et une façon de soutenir un événement bénévole qui pourra revenir.

Pour vous faire une idée

Céline a présenté l’événement dans plusieurs médias indépendants. Deux entretiens pour commencer.

Émancip’Actions : la rencontre des nouveaux mondes, avec Céline, sur La Bonne Nouvelle
Outils concrets pour son émancipation · La Bonne Nouvelle, avec Akina · 1 h 03 · à regarder sur YouTube. La présentation la plus complète, thème par thème.
Louis Fouché et Céline : reprendre notre autonomie ?
Reprendre notre autonomie ? · avec Louis Fouché · 39 min · à regarder sur YouTube.

À voir aussi : l’entretien avec le magazine Nexus (35 min), où Céline montre en direct comment réserver sur le site ; les échanges avec KATE TV, Lise Philippe et Reporter Citoyen Belge ; et la soirée spéciale du 22 juillet, diffusée en même temps par douze médias indépendants, à revoir ici sur Quartier Libre.

J’y serai

Je serai sur place. Céline prévient les inscrits : ne venez pas pour vous reposer. Elle conseille même de poser son lundi.

Pour tous les autres, le billet virtuel est ouvert. Si un seul atelier vous fait changer une chose dans votre quotidien, il sera rentabilisé. Et si vous hésitez, regardez un des entretiens plus haut : vingt minutes avec Céline suffisent en général à donner envie.

👉 Émancip’Actions : emancipactions.fr
Prendre son billet virtuel : emancipactions.fr/reservation
Suivre l’organisation : le canal Telegram de l’événement

Commentaires

0 réaction

Aucun commentaire pour l'instant. Lancez la discussion.