Vidéo Médias & désinformation
La censure sur internet
Invité de Tribune Libre, Johann Fakra raconte vingt ans de réinformation et de censure : la première page effacée en 2009, l’enquête du Monde qui fait tomber son activité en trois jours, la chaîne supprimée en plein direct, et ce qu’il en a tiré.
Le 21 septembre 2026, Johann Fakra est l’invité de Stéphanie Reynaud sur Tribune Libre. Une heure d’entretien pour revenir sur vingt ans de réinformation, et sur ce que la censure en ligne est devenue : non plus une porte qu’on ferme, mais un robinet qu’on referme lentement, sans que personne ne s’en aperçoive.
Le récit commence en 2007, avec un cancer traversé quelques années plus tôt et l’envie de comprendre ce qui lui était arrivé. Il passe par une première page Facebook effacée un matin sans explication, alors qu’elle comptait douze mille abonnés. Il finit sur une conviction : cesser de combattre un système pour en construire un autre.
Quand la censure cesse de se voir
Johann décrit un basculement qu’il a vécu de l’intérieur. Au début, les plateformes ferment. La page disparaît, les abonnés le constatent, et l’on peut au moins nommer ce qui s’est passé. Puis les méthodes changent. La page reste en ligne, les publications restent visibles, mais plus personne ne les voit. Huit cent mille abonnés, et cinquante personnes atteintes.
Il explique pourquoi c’est plus efficace : on ne peut pas protester contre une censure qui ne laisse aucune trace. Tout le monde vous répond que votre compte existe toujours.
L’enquête qui a tout arrêté en trois jours
Fin 2018, Le Monde le désigne comme étant à la tête d’un réseau de sites complotistes. Il raconte ce qu’il y avait réellement derrière : trois ou quatre sites, dupliqués sur une cinquantaine de noms de domaine pour contourner le blocage des liens par l’algorithme de Facebook. Et l’erreur qui a permis de tout relier, un même identifiant de mesure d’audience posé à son nom sur l’ensemble des sites.
Les conséquences sont allées vite. Les régies publicitaires ont fermé ses comptes les unes après les autres en quelques jours. Son chiffre d’affaires mensuel est passé de plus de quatre-vingt mille euros à moins de trois mille, alors que soixante-dix pour cent de cette somme étaient reversés aux partenaires qui diffusaient les contenus, et que la plateforme coûtait vingt mille euros de développement par mois.
Ce qu’il en a tiré
Il ne présente pas cet épisode comme une injustice à réparer, mais comme une leçon d’architecture. Un média qui dépend d’une seule plateforme est déjà perdu, parce que la plateforme peut décider seule, du jour au lendemain, et sans avoir à se justifier. D’où le déplacement vers un site, une lettre d’information, et une plateforme vidéo qu’on ne peut pas lui fermer.
La chaîne YouTube de Quartier Libre, elle, a été supprimée en plein direct. Il l’a vu en temps réel, au nombre de personnes connectées qui s’effondrait pendant qu’il était à l’antenne.
Et la suite
La seconde moitié de l’entretien quitte le récit pour les solutions. L’intelligence artificielle comme rééquilibrage des forces, parce qu’un site qui coûtait vingt mille euros s’en fait aujourd’hui pour quelques centaines. L’argent comme outil plutôt que comme fin. Le mot « complotiste » comme mot bâillon. Et cette image du feu qu’on alimente : tant qu’on y met des bûches, il brûle.
Belle journée à tous
Johann
À suivre
Commentaires
0 réactionConnectez-vous pour participer à la discussion.
Aucun commentaire pour l'instant. Lancez la discussion.